
L’essentiel en 30 secondes :
Les matières textiles se divisent en quatre grandes catégories, chacune avec ses
propriétés, ses usages et ses contraintes.
- Les matières naturelles. Issues directement de la nature, sans transformation
chimique :
moracee…- Végétales : coton, lin, chanvre, jute, kapok, fibre d’ananas, ortie, ramie, sisal
- Animales : laine, mérinos, cachemire, soie, alpaga, vigogne, yack, qiviuk, byssus
…
- Les matières artificielles. D’origine naturelle, transformée chimiquement à partir d’une
pâte de cellulose en filaments puis en fibres :- Les viscoses : viscose, cupro, fibre de bambou, modal…
- Les lyocells : lyocell
- Fibre de lait
- Les matières synthétiques. Issues du pétrole par transformation chimique :
- polyesters, polyamides, polyvinyles, polyacryliques, polypropylènes,
- élastomères…
- fibre de carbone (cas particulier *)
- Les matières minérales. Moins connues du grand public, mais dont l’utilisation est
omniprésente :- Issues de la roche : fibre de verre, fibre d’amiante…
- Métalliques : argent, aluminium, aciers…
Pour aller plus loin
La philosophie de la matière :
Si l’on classe les matières textiles en catégories, ce n’est pas par souci de taxonomie :
c’est parce qu’elles ne se travaillent pas de la même façon ni ne se comportent de la
même façon, et ne servent pas les mêmes besoins.
Chaque matière, même les plus controversées, a une utilité réelle et actuelle. Il faut
l’admettre avant de pouvoir raisonner sérieusement.
Au fil des siècles, nous avons pourtant perdu beaucoup de savoir-faire autour des
matières naturelles. Pendant des millénaires, les populations utilisaient ce qui les
entourait : plantes, animaux, arbres, racines. Leurs travaux conditionnaient le mode de
vie local et pouvaient être énergivores. Aujourd’hui il subsiste quelques espèces
connues que nous réhabilitons tels que les muriers pour la soie, ou certains tissus
d’écorces. La Renaissance, puis la révolution industrielle et la quête du rendement ont
profondément détérioré ces économies locales du textile. Cette perte d’information
aurait pu nous ovrir aujourd’hui avec nos capacités des fibres très utiles, notre
génération n’est pas forcément le résultat des meilleurs choix, mais celui des meilleures
occasions.
C’est à l’époque moderne que s’est installée dans l’imaginaire collectif l’idée de la fibre
parfaite : celle qui tient chaud quand il fait froid et qui rafraichit quand il fait chaud. Celle
qui absorbe notre humidité sans s’alourdir. Celle qui protège des chocs, mais se coud
facilement. Celle dont l’empreinte carbone serait nulle, et qui entrerait dans un cycle
vertueux sans jamais dégrader son environnement.
C’est dans cette quête que sont arrivées au cours du siècle passé de « nouvelles fibres »
pour lesquelles l’esprit de modernité et de résolution des problèmes du quotidien a
révolutionné la façon de s’habiller. Les fibres artificielles et synthétiques ont permis
d’o.rir de nombreuses solutions techniques à des problèmes du quotidien.
Mais malgré toutes ces évolutions, la fibre parfaite n’existe toujours pas. Les chercheurs
ont obtenu, au fil des ans, des résultats approchant l’une ou l’autre de ces qualités,
mais jamais toutes à la fois. Le constat reste donc le même : chaque matière textile a
ses propres forces, et c’est à nous de choisir la bonne pour le bon usage.
Choisir en connaissance de cause c’est aussi un acte économique : un vêtement bien
conçu dans la bonne matière dure plus longtemps. Son cycle de vie s’allonge. Sa valeur
réelle augmente.
Dans cet esprit, quelques grandes orientations :
- Les matières naturelles et artificielles sont à privilégier pour le quotidien. L’usure, les
lavages répétés, les taches, la déformation naturelle, tout cela fait partie de la vie d’un
vêtement. Ces matières vieillissent avec nous, et leur dégradation progressive nous
rappelle, simplement, qu’il est temps d’évoluer. - Les matières synthétiques devraient être réservées à des usages techniques,
médicaux ou sportifs, là où elles répondent à un cahier des charges précis et où leur
traitement en fin de vie peut être maitrisé. - Les matières minérales, onéreuses et complexes à produire, trouvent leur usage
optimal dans l’industrie, le transport ou le bâtiment.
Point de vue environnemental :
Il est essentiel de partir d’un principe simple : toute transformation est une
consommation d’énergie. Aucune fibre textile n’a un impact nul sur l’environnement ni
sur la santé humaine. La question n’est pas « est-ce que c’est propre ? » , mais « quel est le
niveau d’impact, peut-on le maitriser, et vaut-il le coup pour cette utilisation ? » . C’est
pour répondre à ces questions que prendre en compte le cycle de vie d’un produit textile
est mettre la raison au service de l’écologie et de l’économie.
Santé :
Toutes les fibres textiles peuvent présenter un risque selon les traitements chimiques et
physiques qu’elles ont subis au cours de leurs transformations. Certaines sont
cependant plus préoccupantes que d’autres, en raison de leur dimension et des résidus
qu’elles peuvent libérer (microplastiques, nanoparticules, solvants, silicones…) ingérés
par la peau ou par voie respiratoire. C’est notamment le cas de l’amiante, du kevlar dans
certaines conditions, et de certaines fibres synthétiques industrielles.
Concernant les nanofibres développées pour des applications spécifiques, les études
peinent encore à quantifier les risques à long terme, mais de nombreuses sources
scientifiques s’inquiètent de leurs capacités à traverser certains solides. La vigilance
reste de mise.
Pour les fibres naturelles, le danger immédiat est généralement limité à condition
qu’elles n’aient pas subi de traitements chimiques agressifs ( azurants optiques,
ignifugeants, adoucissants industriels …). Nonobstant, il est conseillé après un achat de
réaliser un premier lavage ménager.
Écologie :
Aucune matière textile n’est sans impact, mais toutes ne sont pas équivalentes.
Les matières naturelles et artificielles sont dégradables naturellement, et
progressivement. En grande quantité ou dans des conditions inadaptées, elles peuvent
perturber les écosystèmes (on ne peut donc pas parler de Biodégradable), mais leur
impact à long terme reste limité comparé aux synthétiques.
Toutes les matières libèrent des microparticules par frottement et usure. Celles issues
des matières naturelles et artificielles sont nombreuses, mais se dégradent
progressivement. Celles issues des synthétiques, en revanche (moins nombreuse à
fabrication égale), persistent dans l’environnement et peuvent altérer durablement la
qualité de vie de l’ensemble des êtres vivants, animaux, humains, qui y sont exposés,
souvent à leur insu (c’est le problème que rencontre grand nombre de chercheurs de la
faune aquatique et de plus en plus les pécheurs).
Un point rarement mentionné mérite d’être souligné : le plastique dont sont issus les
synthétiques est un sous-produit de la production de carburant. Plus la consommation
mondiale de pétrole augmente, plus il est possible et bon marché de produire des
matières synthétiques. Le polyester est, en première génération, un déchet industriel
valorisé. Cela explique en grande partie son cout imbattable. Il est d’autant plus risible
d’observer ces dernières années une augmentation de ce type de produits à des couts
importants.
Enfin, de nombreuses matières sont aujourd’hui recyclables ou réutilisables, soit en
sortant du circuit de l’habillement (isolation thermique, rembourrage, géotextiles…), soit
par retransformation en nouvelles fibres. La recherche progresse activement sur ce
point, et de grands centres de retransformation ont vu le jour ces dernières années en
Europe.
Ce combat est vital, mais il reste marginal à l’échelle mondiale : moins d’un pour cent
du textile destiné à l’habillement est aujourd’hui retransformé. La prise de conscience
existe. L’infrastructure, elle, doit encore se construire. Le sujet est vaste et nécessitera
un autre article.
Conclusion :
Aucune matière textile n’est parfaite. Toutes ont des défauts et des qualités c’est la
raison pour laquelle il est important de choisir la bonne pour le bon produit.
*La fibre de carbone mérite une nuance : elle est produite à partir de précurseurs
organiques (souvent le polyacrylonitrile), mais son procédé de fabrication est si
spécifique qu’elle se distingue des autres synthétiques classiques.
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